shakeskp: (DCU - batwing - your hand in mine)
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La Fin des lunaisons
Personnages/Couples : Dick, Bruce, Damian, Tim, Alfred (Bruce/Dick)
Censure : M/R
Genre : fluff, flangst
Résumé : Bruce est en phase positive, Dick attend que ça passe. Rien ne se déroule comme convenu.
Disclaimer : Je ne prends au DC que ce qui m’arrange :)
Date : lundi 29 novembre 2010 - samedi 15 janvier 2011

Avertissements : blabla, beaucoup de blabla, fangirlisme éhonté. C’est genre, Soul Blue, mais avec moins d’action. Et possiblement moins de scénario.


Dick se glissa dans le batplane à la place du pilote, rejeta le masque en arrière et poussa un petit soupir. D’ordinaire, il adorait piloter l’avion – tout comme conduire la batmobile. Chaque fois qu’il mettait les mains sur le volant, sur le manche, c’était comme réaliser un fantasme de gosse. Et maintenant que Bruce était vivant quelque part dans le monde, il pouvait l’apprécier à sa juste valeur.
Mais là, il n’était pas d’humeur.
Il lança l’autopilote, ferma les yeux et appuya la tête contre le dossier du siège.
Il ne s’attendait pas à ce que ce soit si dur.
« Comment ça s’est passé ? » fit soudain la voix de Bruce.
Dick se redressa, souriant malgré lui. Il autorisa le visuel. Bruce était démasqué de son côté également. On voyait le bout d’une cravate dénouée autour de son cou.
« C’était horrible, soupira Dick. Il m’a fait une scène. J’ai eu l’impression de l’abandonner.
Le premier jour d’école, commenta Bruce, mi-figue mi raisin.
— Ne te moque pas. Ça va lui faire du bien, j’en doute pas, mais ça fait bizarre. J’ai pris l’habitude de l’entendre grogner à côté de moi.
Attends qu’arrive le jour où il voudra voler de ses propres ailes et quittera la maison pour de bon. »
Sourcils haussés, Bruce arborait un discret sourire en coin. Dick lui aurait jeté quelque chose à la figure s’il s’était vraiment trouvé en face de lui. De fait, il se contenta de flanquer une pichenette à la caméra.
C’était bon, pensa-t-il, si bon d’en être arrivé à ce point où ils étaient à nouveau tellement à l’aise l’un avec l’autre qu’ils pouvaient plaisanter d’un événement qui les avait tous les deux détruits à l'époque.
« Tu plaisantes ? Je vais bénir ce jour. Il ira piquer le costume de Red Robin, comme ça je pourrai refiler le mien à Tim. Et prendre ma retraite en Floride.
En Floride.
— Ou ailleurs. J’irai m’installer dans la maison de Cape Cod. Oui, Cape Cod, ça me parait bien pour ma retraite. D’ici 6 ou 7 ans. »
Bruce secoua la tête, toujours souriant.
Ça aussi, c’était bon. De le retrouver tel qu’il était quand Dick l’avait connu. Plus détendu, plus optimiste.
Dick ignora la chaleur qui lui barbouillait le ventre.
« En attendant, je vais profiter de mon week-end à fond, continua-t-il. Steph traîne toujours en Angleterre, Babs est occupée avec les Birds of Prey, Tim bidouille dans le métro de Berlin − ou peut-être de Bucarest, remarque – Damian est donc chez les Teen Titans… »
Il s’étira ostensiblement.
« J’ai Gotham à moi tout seul !
Mmmh, répondit Bruce.
— … ou pas ? fit Dick avec une note d’espoir dans la voix.
Je m’en voudrais de gâcher ton week-end de… père en vacances.
— Oï, assume un peu ta paternité galopante avant de te moquer. Pour le coup, c’est moi qui rigolerait. Tu arrives quand ?
Ce n’est rien de pressé. Je peux attendre quelques jours. »
Non. Non, non, non, non, non. Parce que la seule chose encore meilleure que d’être seul avec Gotham, c’était d’être seul avec Bruce. Sans le partager avec personne.
(Et Dick se sentait un peu coupable de le penser, mais d’habitude il avait toujours Damian entre les pattes ! Et contrairement à Tim, lui était plus ou moins coincé à Gotham. Tim était suffisamment indépendant pour pouvoir rejoindre Bruce quand ça le chantait et à chaque fois, Dick devait noyer sa jalousie.)
« Non, viens, dit-il avec autant de calme possible. Alfred sera content de te voir. »
Alfred avait toujours bon dos, dans ces cas-là.
« Oui, répondit Bruce. Moi aussi. »

¤

Ce fut la sonnerie du réveil qui extirpa Dick de son sommeil. Il grogna, cacha le visage sous l’oreiller. Il avait espéré une nuit calme qui lui permettrait de rentrer se coucher tôt et ainsi se réveiller tôt. C’était, bien entendu, trop demander. Killer Croc avait fait des siennes. Dick s’était effondré dans son lit à 6h du matin, ce qui voulait dire qu’il avait dormi cinq heures et demie. Presque l’équivalent d’une grasse matinée – toutefois, ayant pris plus de coups qu’il n’était raisonnable, son corps protestait contre ce réveil intempestif.
La sonnerie du réveil fut coupée, il entendit des pas et les rideaux qu’on ouvrait d’un geste décisif. Dick s’étira de tout son long et se redressa lentement. Le temps nécessaire pour maîtriser son expression.
Ça n’avait pas été les pas d’Alfred.
Dick s’assit dans les draps et sourit à Bruce lorsque ce dernier revint vers lui et lui tendit un mug de café. Dick s’en empara avidement sans retenir un soupir de plaisir à l’odeur.
Bruce s’assit sur le rebord du lit, une jambe croisée sur l’autre. Dick sentit son regard le détailler, critique.
« Tu as le torse couvert d’hématomes.
— Bonjour, Bruce. Content de te voir aussi.
— À force d’alléger le costume, tu sacrifies ta sécurité.
— Oui, j’ai bien dormi, merci. Et toi, ton voyage s’est bien passé ?
— Je ne devrais pas avoir à te le dire. Tu sais aussi bien, mieux, que moi que l’efficacité dépend largement de la forme physique.
— Oui, le temps a été particulièrement doux pour la saison, mais ils nous prévoient une grosse chute de température la semaine prochaine. »
Bruce lui jeta un regard sombre. Dick prit une gorgée de café.
Un temps, puis un petit sourire étira les lèvres de Bruce, comme à contrecœur.
« Bonjour, Dick. »
Dick lui donna un léger coup d’orteil pour le récompenser.

¤

Après une longue douche chaude et l’application systématique d’une crème pour ses bleus, Dick se sentait plus en forme. Il rejoignit Bruce dans la salle de séjour où il lisait le journal. Killer Croc était en première page.
Pas de traces de ses bagages, Bruce avait déjà dû s’installer dans l’ancienne chambre de Tim.
Alfred était dramatiquement absent, ce qui signifiait pas de pancakes, pas de French toasts pas de jus d’orange frais. Dick fit son deuil intérieurement. Il avait vécu des années sans Alfred, il savait faire son petit-déjeuner tout seul comme un grand.
Mais qu’est-ce qu’on se réhabituait vite au luxe, quand même.
Est-ce qu’il y avait des céréales dans le placard ?
« Alfred est sorti faire des courses, dit Bruce. Je t’emmène chez Balthazar. »
Dick, souhaites-tu que nous allions bruncher chez Balthazar? Oui, bien sûr, Bruce, que c’est aimable de ta part.
Depuis combien de temps n’y étaient-ils pas allés ? Des siècles. Du moins juste tous les deux, pour le plaisir.
« Quoi, pas de réunion d’urgence au bureau ? demanda-t-il tandis que Bruce se levait.
— Lucius ne sait pas que je suis ici.
— Ooooh, on resquille ! On vit dangereusement ! »
Large sourire aux lèvres, Dick enfila ses chaussures pendant que Bruce attrapait leurs manteaux.
« J’aurai le temps de le voir la semaine prochaine.
— Oh. Je croyais que tu n’étais là que ce week-end. »
Bruce lui jeta un coup d’œil impossible à déchiffrer.
« Je ne sais pas encore combien de temps je reste. Cela dépend de beaucoup de choses. Nous en discuterons. »
Bruce qui faisait des mystères. Surprise, surprise.
« Tu restes à l’appartement ?
— Pour le moment. Je rentrerai au manoir si mon séjour se révèle plus long. »
Dick hocha la tête, pensif. Il était heureux de la présence de Bruce mais elle avait tendance à déséquilibrer leur petit groupe. S’il restait longtemps, Dick allait devoir se réorganiser. Et si Bruce s’installait au manoir, il aurait besoin d’Alfred…
Damian devrait apprendre à se contenter des maigres dons culinaires de Dick pendant un temps. Dick s’interrogeait sur les raisons de Bruce. Ce n’était pas courant, que son emploi du temps soit flou à ce point… Il y avait bien cette idée, qu’il n’oubliait jamais vraiment, qui pesait dans certaines de ses décisions à long termes.
Bruce envisageait peut-être de revenir à Gotham.
Il sentit une main se poser dans son dos et sursauta. Il tourna la tête. Bruce le regardait avec de l’amusement dans les yeux.
« Je t’ai perdu.
— Pardon, fit Dick, embarrassé. Je réfléchissais.
— J’ai vu ça. »
Il pressa doucement la main dans le dos de Dick qui appela l’ascenseur. Les portes s’ouvrirent et ils descendirent directement jusqu’au garage privé. Dick courut sans hésiter vers l’une des voitures.
« On prend la R8 et c’est moi qui conduit !
— C’est une nouvelle acquisition, remarqua Bruce lorsqu’il le rejoignit.
— La toute dernière édition limitée », confirma Dick joyeusement.
Bruce lui jeta un coup d’œil peu impressionné.
« Hé, je suis un jeune millionnaire par ma fortune personnelle, et l’un des héritiers de ta fortune à toi, j’ai une image à maintenir. »
Lucius avait fait une apoplexie. Ou presque. Enfin, il avait trouvé l’achat de Dick parfaitement irraisonnable.
« Vous ne touchez quasiment jamais à votre fortune, Richard, mais à chaque fois c’est pour quelque chose de tellement extravagant qu’en toute sincérité, je vous préférerais plus régulier et moins démesuré dans vos dépenses. »
La R8 avait coûté plus cher que le rachat du cirque Haly’s.
Bruce passa doucement la main sur la carrosserie métallisée.
« Elle est belle, admit-il.
— Elle est magnifique », rétorqua Dick.
C’était son véhicule civil préféré en ce moment, et d’ordinaire il préférait les motos.
« Je voulais remodeler la batmobile à son image, mais Damian et Tim refusent, dit-il d’un ton morose. Damian pour me contrarier et Tim parce qu’il a peur qu’on fasse le lien.
— Il a raison.
— Il est jaloux parce qu’il n’en a pas.
— De batmobile ou de R8 ?
— Les deux ! »
Dick passa les dix minutes de trajet à démontrer que sa voiture valait la peine d’être épousée et Bruce lui accorda tout ce qu’il voulait, sans perdre son micro-sourire aux lèvres.
Dick lui jetait de petits coups d’œil dès que la route le lui permettait, aux anges.
Ce n’était pas la première fois que Bruce revenait d’une aventure éprouvante en nouvel homme, détendu, aussi affectueux que sa réserve le lui permettait. Dick l’appelait la Phase Positive. Les deux dernières fois, c’était à la suite de la Crise des Super-Primes (ils étaient même partis en croisière avec Tim !) puis de la résurrection de Ra’s Al Ghul.
Ça ne durait jamais très longtemps, alors le mieux était encore d’en profiter. Carpe Diem et tout ça. Et Dick s’envelopperait dans la bonne humeur de Bruce jusqu’à la dernière seconde.
Un voiturier se précipita dès que Dick se gara le long de Balthazar. Dick ne lui fit pas l’affront de lui recommander la prudence lorsqu’il lui tendit les clefs, l’expression de l’homme en voyant la voiture lui assurait de toute façon qu’il en prendrait soin comme si c’était son nouveau-né.
Bruce se chargea du pourboire avant de revenir vers lui. Il plaça à nouveau une main dans le dos de Dick.
« Allons-y. »
Il laissa sa main là. Dick fit comme s’il n’avait rien remarqué mais son contentement devait se refléter dans son regard.
Bruce n’avait pas réservé, ce genre de détail était pour le commun des mortels et, encore une fois, ils avaient une réputation à tenir.
Le maître d’hôtel les conduisit à l’une des tables isolées par des paravents. On leur apporta immédiatement de quoi grignoter, ce que Dick apprécia. Il commençait à avoir sérieusement faim.
« Alors, tu arrives d’où ? » demanda-t-il à Bruce.
Du Brésil, et il avait les marques de bronzage pour le prouver. Ils discutèrent du côté de ses voyages qui n’avait rien à voir avec Batman. Bruce racontait toujours ses anecdotes de ce ton pince-sans-rire qui rendait ses histoires d’autant plus drôles.
« C’est agréable de rentrer un peu », dit-il enfin.
Un nouveau sourire à Dick qui sentit des chatouillements agréables le parcourir. Ou alors c’était le jus d’orange qui était trop frais.
« Et toi, ta vie ? » demanda Bruce d’un ton bien élevé, entre la voix publique de « Bruce Wayne » et une sincère curiosité.
Dick ricana.
« Quelle vie ? Quand je ne cours pas pour Lucius, je m’occupe de l’éducation de ton fils. »
Dick n’avait pas besoin de préciser lequel.
Bruce eut le bon goût de paraître un peu coupable.
« Il me semble que ça se passe bien, avec Damian. »
Avant de répondre, Dick trempa sa fourchette dans le sirop d’érable qui tapissait le fond de son assiette et la suçota.
« Ça va, dit-il. Il se civilise. » Il sourit malgré lui. « Des fois, quand je regarde Tim, j’ai presque du mal à me souvenir qu’il n’est pas ton fils biologique. Damian, lui, ne me laisse pas oublier son origine. Ils sont très différents, mais tous les deux te ressemblent terriblement par certains aspects.
— Alfred me dit que Damian commence à hériter de tes qualités.
— C’est parfait. D’ici quelques années, il aura ton côté obsessionnel et mon sens du discours. Prêt à sortir en bonne société. »
Bruce secoua doucement la tête. Dick lui décocha un grand sourire, et ils demandèrent l’addition.

¤

Les explications de Bruce furent repoussées. Ils ne rentrèrent pas tout de suite, traînèrent dans le parc en face du restaurant. Apparemment, cette Phase Positive de Bruce exigeait d’être parfaitement à jour dans la vie de Dick et de ses fréquentations. Comment allait Roy ? Se voyaient-ils de temps en temps ?
Roy allait très bien, merci pour lui. Lian avait accepté que Connor emménage avec eux. Ollie ne s’en remettait pas, d’après les rumeurs.
Et Donna ? Que devenait-elle ? Kory ? Dick avait-il fait de nouvelles rencontres à la JLA ? Ailleurs ?
La dernière fois que Bruce avait été à ce point intéressé par les amis de Dick, c’était parce qu’il désapprouvait les Teen Titans.
Puis Bruce passa à l’attaque :
« J’ai vu des brochures de Gotham University dans ta chambre », dit-il soudain.
Développe, était sous-entendu.
Dick grogna intérieurement. C’était sa faute. Il aurait dû les ranger, rien n’échappait à Bruce, après tout.
Dick hésita, puis haussa les épaules. Ça allait faire un peu mal à son égo, mais…
« J’ai envie de reprendre l’université », dit-il.
Il jeta un regard noir à Bruce, le défiant de se moquer ou même de prendre l’air un peu supérieur. Bruce ne dit rien et maîtrisa admirablement le sourire que Dick voyait frémir au coin de ses lèvres.
« En histoire, continua-t-il. Je voudrais le diplôme de conservateur. Officiellement. »
S’occuper des Cloisters lui manquait. Il n’avait pas pensé qu’il s’attacherait à ce point à son rôle de conservateur mais… À l’époque, quitter New York, donner sa démission, tout cela avait été fait dans la stupeur émotionnelle de la mort de Bruce.
Dick avait fait ce qu’il devait faire.
Désormais, il avait la possibilité de regretter son départ, de regretter les projets qu’il avait eu pour le musée. De regretter sa vie à New York. Elle avait été apaisante.
Certes, Dick aimait Gotham, sincèrement, profondément, d’une passion un peu masochiste. Malgré la difficulté, malgré la cruauté qu’il y avait trouvée – peut-être à cause de tout cela. Les qualités de Gotham, les bons moments qu’il y avait passé, les instants de bonheur ressortaient d’autant plus.
Mais il n’oubliait pas que Bruce pouvait revenir pour de bon d’un jour à l’autre et l’incertitude de sa position dans cette situation le mettait sur ses gardes.
Dick voulait avoir un maximum d’options.
Rester à Gotham, finir ses études, peut-être trouver un petit musée ayant besoin d’un conservateur.
Retourner voler entre les gratte-ciels aimants de New York
Il pensait aussi beaucoup à Blüdhaven. En secret.
Dick Grayson, jeune policier, n’avait pu y faire grand-chose. Il se demandait si Richard Grayson, héritier Wayne, se débrouillerait mieux.
Pas qu’il restait grand-chose de la ville, maintenant, mais… Dick avait une sensation d’inachevé, d’échec.
Suite à ses paroles, Bruce avait froncé un peu les sourcils mais il se passa de commentaire.
« Et puis, ça convaincra peut-être Tim de finir le lycée, enchaîna Dick. Ou au moins de passer ses équivalences. »
Il ne savait pas comment Tim était devenu l’enfant rebelle de la famille et lui l’aîné raisonnable. Dans le cadre de Wayne Enterprises, Lucius s’était remarquablement adapté à la situation : il laissait Tim secouer le gotha avec ses combats engagés, ses scandales peoples-esque et ses dénonciations plus ou moins diplomatiques, en échange il attendait de Dick qu’il soit le parfait gentleman, la figure rationnelle du clan Wayne.
Sérieusement.
Où allait le monde ?
Dick donna un petit coup de coude à Bruce.
« Tu ne lui as rien dit du tout.
— Non, reconnut Bruce.
— J’ai cru que tu allais me tuer quand j’ai quitté Hudson U.
— Les circonstances n’étaient pas tout à fait les mêmes.
— Ouais, ouais. On sait tous que Tim est ton préféré », se moqua Dick.
Bruce ne répondit pas à la provocation.
« Ton emploi du temps sera chargé.
— Ce n’est pas encore fait. J’y réfléchis. Peut-être quelques cours par semaine. Je mettrais dix ans à obtenir le diplôme mais ce serait déjà ça. »
Pour le moment, il y avait Batman, et donc Lucius qui aimait bien l’avoir sous la main pour faire joli dans le décor quand Bruce n’était pas là et que Tim jouait les agitateurs, mais surtout Damian que Dick ne voulait pas encore laisser seul trop longtemps. Ils commençaient tout juste à se construire une famille – Alfred, Tim, Damian et lui, avec Bruce comme figure d’autorité lointaine. Tim et Damian avaient dépassé leur mépris l’un de l’autre pour entamer une relation de rivalité difficile mais fraternelle.
Damian commençait à se sentir bien dans cet environnement stable. Dick n’avait pas envie de le lui chambouler trop vite. Le petit dernier avait besoin de se sentir important, d’être sûr de sa place auprès de Dick. Dans la famille.
« Mmmh », fit Bruce.
Ils rentrèrent peu après.

¤

Ils descendirent tôt dans le batbunker.
« Bon, je peux enfin savoir à quoi je dois ta présence ?
— À quelque chose qui devrait te plaire. »
Intrigué et un peu méfiant, Dick suivit Bruce jusqu’à l’ordinateur. Bruce lui tendit une clef usb sans marque distinctive et lui fit signe de s’installer.
Sur la clef, il n’y avait qu’un simple pdf, nommé « mf ».
Dick l’ouvrit. Écarquilla les yeux. Jubila.
« C’est mon anniversaire en avance ? murmura-t-il. Ooooh… oooooh… »
Il leva des yeux brillants vers Bruce.
« Comment… ?
— Notre agent de liaison en Italie a mis la main dessus par un heureux hasard, semble-t-il.
— Je l’aime », déclara Dick avec ferveur.
Il se tourna à nouveau vers l’écran. Bruce posa la main sur la chaise, juste derrière lui. Son pouce frôlait la nuque de Dick et ce dernier prit une demi-seconde pour l’apprécier avant de revenir à son écran.
« Bon, ça ne va pas être tout à fait suffisant pour traîner Mario Falcone devant la cour de justice, fit-il. Mais il est tellement inquiet à l’idée d’attirer l’attention de Gordon que je peux tout à fait m’en servir comme moyen de pression.
— Tu sembles déjà maîtriser la situation. Mais ça devrait te faciliter la tâche.
— De façon exponentielle. Merci, Bruce. »
Dick se tourna vers lui, essayant de transmettre toute sa gratitude dans son sourire. Bruce hocha brièvement la tête et s’écarta.
« Patrouille ? » demanda Dick, se disant qu’il devait être embarrassé.
Après tout, aussi heureux que ce « cadeau » le rende, il était évident que Bruce aurait pu lui transmettre ses informations de n’importe où dans le monde. Et Bruce savait forcément qu’il n’était pas dupe.
Gotham devait vraiment lui manquer, peut-être Dick aussi, et la clef n’était qu’une mauvaise excuse.
Ou il y a encore autre chose, songea Dick, se rappelant que Bruce n’avait pas de date de départ déterminée.
Il serait temps d’en discuter un peu plus tard.

¤

Cette patrouille fut aussi calme que la nuit précédente avait été agitée, comme si les criminels de Gotham avaient senti que ce soir-là, deux Batman veillaient sur la ville.
Aussi, vu l’échec public de Killer Croc, ils pouvaient s’attendre à une petite semaine de calme, peut-être dix jours, comme après chaque fois où Batman démontrait sa force. À moins que le Joker ou Two-Face ne s’échappe d’Arkham.
À 3h30 du matin, ils décidèrent d’un commun accord de rentrer.
Patrouiller auprès de Bruce avait mis Dick d’encore meilleure humeur, si c’était possible. Bruce l’était aussi, suffisamment pour laisser échapper des compliments que Dick buvait comme du petit lait.
« La façon dont tu t’es adapté à la cape ne cesse de m’impressionner.
— Ça a demandé du travail, admit Dick, mais maintenant j’arrive à l’utiliser correctement.
— Plus que correctement. »
Dick était probablement écarlate. Heureusement qu’ils étaient dans la pénombre du bunker.
Je peux garder ce Bruce ? J’en prendrais bien soin.
« Je n’ai jamais songé à faire la moitié de ce que tu exécutes naturellement.
— Tu me connais, donne-moi un accessoire et je te crée un show », fit Dick, l’impression d’avoir des bulles de champagne dans la tête.
Bruce le dévisagea sans rien dire pendant si longtemps que Dick finit par détourner les yeux.
« Qu’est-ce qu’il y a ? » demanda-t-il à voix basse.
Il n’arrivait pas à hausser plus la voix.
Qu’est-ce que Bruce avait, à le regarder comme ça ?
Il força les battements de son cœur à se calmer. Il devait profiter du moment, se rappela-t-il. Attendre, espérer quelque chose de Bruce était le meilleur moyen de se faire mal. Il ne devait pas se poser de questions sur son comportement, ne pas chercher à le justifier, ni anticiper sa signification.
Il devait en profiter. Simplement en profiter.
Bruce ne répondit pas à sa question, il lui fit signe de monter et Dick s’exécuta sans demander son reste.
Alfred les attendait en haut, en robe de chambre. Il avait préparé du décaféiné, accompagné de biscuits. Il leur recommanda de ne pas se coucher tard, leur souhaita bonne nuit et s’éclipsa en silence.
Ça sentait l’embuscade à plein nez.
Bruce saisit son mug et celui de Dick et alla les poser d’autorité sur la table basse avant de s’installer dans un fauteuil. Dick fut bien obligé de suivre.
Il s’assit en tailleur sur le canapé, dans le sens de Bruce, puis prit son mug.
Il y eut quelques minutes de silence pendant lesquelles le regard de Bruce parcourait le séjour. Ce n’était pas comme s’il ne le connaissait pas par cœur, songea Dick.
« Lorsque tu es parti à l’université, dit soudain Bruce, Alfred et moi sommes venus nous installer dans cet appartement. »
Il tourna les yeux vers lui. Dick hocha la tête, il se souvenait.
« Vivre au manoir était insupportable, sans ta présence. »
Les mains de Dick se resserrèrent autour du mug.
Cette phase de Bruce le rendait particulièrement bavard.
C’était inhabituel.
Troublant.
« Je ne m’y suis jamais vraiment installé. Ce devait être provisoire. »
Entendre : l’absence de Dick aurait dû l’être. Dick baissa les yeux.
« D’après Alfred, tu ne sembles pas t’être installé non plus. Et effectivement. »
Bruce porta le mug à ses lèvres, puis le reposa, sourcils froncés.
« Il n’y a aucune trace de toi dans cet appartement. Ce matin, j’ai eu l’impression d’entrer dans une chambre d’hôtel. »
Il regarda à nouveau Dick, comme attendant une explication. Ce dernier haussa les épaules.
« Je l’ai déjà dit à Alfred, je n’ai pas grand-chose à y mettre.
— Tes appartements précédents portaient ta marque.
— Je repeindrai les murs, si ça vous angoisse à ce point. »
Bruce garda un instant le silence, puis :
« Pourquoi ne te réinstalles-tu pas au manoir ? »
Dick sentit ses sourcils remonter jusqu’à la racine de ses cheveux.
« Tu te sentirais plus chez toi.
— Ça fait des années que je n’y vis plus. Et ce n’est pas mon manoir. »
Il avait reçu un petit choc lorsqu’après le tremblement de terre, Bruce avait choisi de changer l’architecture de la demeure ancestrale. Il s’en était vite remis, mais… il avait eu cette impression, peut-être ridicule, de dire une seconde fois adieu à sa maison. Pour de bon. Le manoir avait été le premier endroit stable où il avait jamais vécu.
« Les changements n’ont pas été à ce point dramatiques. Et l’intérieur est resté en majorité le même. »
Bruce le fixait avec insistance.
« Ta chambre est toujours là. »
Dick posa le mug de café sur la table. Il croisa les jambes.
« Ce n’est pas ton genre de tourner autour du pot, Bruce. Pourtant j’ai l’impression que tu ne fais que ça depuis ton arrivée. Tu n’es pas venu pour me donner ces infos sur Falcone, ni même pour me convaincre d’aller vivre au manoir. Qu’est-ce que tu fais ici ? »
Bruce pinça un instant les lèvres, sombre ou impassible. Le séjour n’était pas très éclairé, seule une petite lampe procurait de la lumière. Ce n’était pas assez pour lire les subtilités des expressions de Bruce.
Dick garda le silence, prêt à tout entendre. Soupçonnant déjà de quoi il s’agissait. Et se demandant pourquoi Bruce prenait autant de pincettes.
Ça non plus, ce n’était pas son genre. Il n’avait jamais été tendre avec Dick, pas lorsqu’il s’agissait de la Mission. Ou de leurs affaires personnelles non plus, d’ailleurs.
« Je suis en train de terminer ce que j’avais besoin d’accomplir dans le monde, dit enfin Bruce. Il me reste simplement quelques détails à régler. »
Dick hocha lentement la tête.
« Et après tu rentres à Gotham pour de bon », dit-il.
Bruce acquiesça.
Et il n’aurait plus besoin de Dick en tant que Batman. C’était logique. Ça aurait fini par arriver.
Dick s’y était préparé.
« Ça ne signifie pas que tu doives cesser d’être Batman », dit-il.
… quoi ?
« Le poids de Gotham est suffisamment lourd pour être partagé. Tu aurais plus de temps pour l’université. »
Dick le regarda d’un air ahuri.
« Toutefois, ajouta Bruce, si tu préfères revenir à Nightwing, je n’y vois aucun inconvénient. C’est à toi de choisir. Je pensais simplement qu’il serait moins perturbant pour Damian que tu restes Batman. »
Dick secoua la tête intérieurement. Bruce ne pensait jamais « simplement ». Et Bruce ne donnait pas de choix. Et Bruce laissait la psychologie de Damian à Dick.
Dieu que c’était maladroit, cette façon d’utiliser Damian pour convaincre Dick de rester Batman.
Ça ressemblait si peu à Bruce que dans un instant de paranoïa, il se demanda si ce n’était pas Hush qu’il avait en face de lui – mais non, Thomas Elliot n’avait jamais trompé ceux qui connaissaient Bruce. Et Dick avait suffisamment dévisagé Bruce aujourd’hui, les cicatrices de chirurgie ne lui auraient pas échappées.
Mais pourquoi n’avait-il pas dit : « Dick, je reviens. Tu restes Batman. Bonne nuit. » ?
Et ce manque de subtilité dans sa tentative de manipulation, c’était… incompréhensible. Ou alors il y avait une manipulation bien plus subtile en-dessous encore, mais pourquoi, il n’avait pas besoin de ça avec Dick, il savait bien que ce dernier suivrait ses directives…
Du calme, Grayson, réfléchis, réfléchis, bordel.
Il était en face de Bruce en Phase Positive. Déterminé à faire les choses bien. Alors il offrait un choix. Mais il avait une préférence. Il tentait donc d’influencer la décision de Dick. Avec maladresse. Bruce n’était maladroit qu’en un seul et unique cas : ses émotions.
Il lui était donc extrêmement important, d’un point de vue émotionnel, que Dick reste Batman.
Dick ne savait pas encore pourquoi, mais si c’était important pour Bruce... Sans problème. Ça demanderait de l’organisation. Ça demanderait… Oh, bon Dieu, être Batman à côté de Bruce. Avec Bruce.
Et oui, la charge serait allégée, il pourrait aller à l’université, laisser Damian avec Bruce en espérant retrouver le manoir entier, peut-être que Tim les rejoindrait aussi, peut-être… peut-être réussirait-il à repousser aussi longtemps que possible retour de la Phase Négative de Bruce.
Ne pense pas à l’avenir. Accroche-toi au présent.
Quant à l’importance que Dick reste Batman, elle pouvait tout simplement se rattacher au fait que Nightwing avait passé plus de temps en dehors de Gotham que dedans. Bruce devait craindre (avec raison) que Dick envisage de quitter la ville.
Bruce avait besoin d’avoir son clan autour de lui.
Et tout argument louche que ce soit, la remarque sur Damian n’était pas fausse.
Bruce et Damian semblaient s’entendre mieux, ces derniers temps (d’accord, peut-être parce qu’ils ne se voyaient que très peu) mais ils étaient loin de pouvoir travailler en duo.
Satisfait de son explication, Dick releva les yeux et croisa le regard de Bruce.
« Il n’y a pas que ça », dit-il spontanément, avant d’y avoir réfléchi.
Mais soudain cela lui semblait évident. Il y avait autre chose. Il le savait. C’était écrit dans les yeux de Bruce. Dick n’arrivait pas à le déchiffrer, pas encore.
Bruce ne confirma ni ne nia. Son regard se fit lointain.
« Sois encore un peu patient. »

¤

Bruce était déjà levé lorsque Dick émergea de sa chambre. Ils prirent leur petit-déjeuner ensemble, Alfred insista pour vérifier que Dick s’occupait de ses hématomes et les avertit que la température extérieure était tombée – tout ça en insinuant plus ou moins qu’ils étaient des enfants incapables de s’occuper d’eux-mêmes.
La journée se déroula calmement, Dick s’imprégna des nouvelles informations obtenues sur Falcone et réfléchit à la façon d'en tirer le plus de profit, Bruce l’écouta monologuer sans proposer son avis. Lorsqu’arriva le début de soirée, il refusa de venir à la tour des Titans chercher Damian avec Dick.
« Il vaut mieux qu’il soit averti de ma présence avant de me voir, fit-il.
— C’est peut-être mieux », acquiesça Dick avec un rire étouffé.
Il allait se tourner vers le batplane lorsque Bruce se rapprocha de lui, suffisamment prêt pour que Dick doive lever les yeux vers lui. Et retenir son souffle, par réflexe. Avec précaution, Bruce remonta la cagoule sur la tête de Dick, le masque devant ses yeux.
« Je ne me souviens pas que tu aies jamais eu les cheveux aussi courts, dit-il, une simple remarque – ni un reproche, ni un regret, alors ce n’était pas la peine d’avoir le cœur battant la chamade, Grayson.
— Je n’ai pas la patience ou le doigté de Tim, fit Dick. J’en avais marre de devoir passer plusieurs minutes à organiser mes cheveux pour ne pas les avoir coincés devant les yeux. »
Sans commenter, Bruce replaça la cape sur ses épaules, puis, apparemment satisfait, recula d’un pas. Dick se retint de toute remarque. Il ouvrit la porte du batplane et se hissa souplement à l’intérieur.
Avant de refermer la porte, il tourna la tête vers Bruce qui l’observait toujours.
« Si je reste Batman, dit-il d’un ton faussement songeur, est-ce que je peux changer le costume ? »
Dick guettait Bruce, alors il vit le tressaillement au coin de sa bouche qui indiquait la présence d’un sourire intérieur.
Il se mordit la lèvre pour réprimer le sien.
Bruce se détourna et leva une main impuissante.
« Vois ça avec Tim et Damian. »

¤

Damian l’attendait sur le toit de la tour, Conner à ses côtés.
Capuche sur la tête, il dépassa Dick en silence. Il s’installa dans le batplane, bras croisés et dos tourné.
Ça promettait.
Conner étouffa un ricanement.
« Salut, Dick. Gar et Raven te disent bonjour, mais ils sont à Cadmus. Cassie a dû filer auprès de Wonder Woman, donc elle n’est pas là, non plus. Elle m’a dit de te dire qu’on garde Damian, mais seulement parce qu’il se débrouille bien avec les informations et que Tim refuse toujours de revenir.
— Ça s’est bien passé, alors ? demanda Dick.
— Honnêtement, je m’attendais à pire. Je peux te transmettre le rapport du week-end, si tu veux. »
Dick acquiesça et le remercia.
« GRAYSON. »
Conner lâcha un rire
Dick leva les yeux au ciel.
« Excuse-moi d’écourter, le petit s’impatiente. »
Il fit un geste de salut à Conner et grimpa dans le batplane.
« Bonjour, Damian, je t’ai manqué ?
— Dans tes rêves.
— Oooh, tant que ça ? »
Dick tira sur la capuche et ébouriffa les cheveux de Damian d’une main, ce dernier protesta moins violemment que d’ordinaire. Yep, il lui avait manqué.
C’était réciproque, même si ces vingt-quatre heures avec Bruce avaient été fantastiques.
« Superboy m’a dit que ça s’était bien passé.
— Ce n’est qu’une bande d’incompétents contrôlés par leurs hormones, plus préoccupés par leurs relations niaises que par leur manque d’efficacité !
— Je savais que les Titans étaient exactement ce qu’il te fallait. »
Damian le fusilla du regard. Dick sourit tranquillement.
« Si tu acceptais d’inviter Colin de temps en temps, je m’inquiéterais moins de ta vie sociale.
— Je vois Colin quand il le faut !
— Bien ce que je dis. »
Damian grogna et croisa les bras. Il y eut un silence, pendant lequel Dick sentait qu’il lui jetait de petits coups d’œil. Dick garda un silence stoïque.
Damian craqua le premier.
« Tu as remis Killer Croc à Arkham », dit-il.
Diiiick, raconte ce que tu as fait sans moiiiii, traduisit Dick.
Dick Grayson, docteur ès langue Wayne, enchanté.
« Ne dis pas que je ne fais jamais rien pour toi, répondit-il. Tu vas à nouveau pouvoir te promener dans les rues de Gotham sans craindre d’être mangé.
— Je t’ai déjà dit qu’il ne me fait pas peur ! C’est son halène que je n’aime pas !
— Huh, huh. Ton père est à Gotham, au fait. »
Damian se redressa violemment et le dévisagea, poings serrés et air soupçonneux imprimé sur le visage.
« Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il veut ?
— Voir sa famille, peut-être ?
— HA ! »
L’incrédulité de Damian était à la fois amusante et déprimante. Dick se demanda encore une fois s’il devait lui dire tout de suite que Bruce voulait revenir définitivement ou s’il attendait encore un peu.
Bruce lui avait déclaré de faire comme il voulait.
Ça flanquait un peu le vertige, tout cette marche de manœuvre qu’il lui laissait.
« Il reste combien de temps ?
— Il ne sait pas encore. »
Damian se renfrogna encore plus.
Dick décida d’attendre un peu, Bruce n’avait pas l’air certain de ses projets pour l’instant. L’apoplexie de Damian se ferait en temps et en heure.

¤

Le dîner pré-patrouille se déroula mieux que Dick ne l’aurait espéré. Damian ne quitta pas le repas en criant. Bruce lui posa des questions sans avoir l’air de lui passer un interrogatoire et Damian y répondit presque poliment.
Il y avait de l’espoir pour eux, songea Dick.
Le problème avait toujours été que Damian adulait « Batman », disait à qui voulait l’entendre qu’il était le fils de Batman, mais il ne comprenait pas l’homme. Son père.
Et Bruce ne savait pas être le père de quelqu’un d’aussi… problématique. Jason n’avait pas été le même genre de challenge.
Avec un timing impeccable, Tim appela alors qu’ils se préparaient à partir en patrouille.
« J’arrive sur Gotham dans une heure.
— Tu veux nous rejoindre ? Bruce sera avec nous.
Bruce est à Gotham ? »
Dick jeta un coup d’œil à Bruce qui, avec une impressionnante diplomatie, écoutait Damian lui expliquer le trajet de patrouille d’un air important.
C’était rare que Tim ne connaisse pas les plans de Bruce.
Il les rejoignit à mi-chemin. Dick sentit un sentiment de satisfaction terrible l’envahir.
« Arrête de sourire, tu as l’air complètement dégénéré », lui marmonna Damian.
Dick n’y fit pas attention.
Ce n’était pas comme s’il pouvait s’en empêcher. Ça arrivait si peu quand il n’y avait pas de crise imminente, ce genre de rassemblement. Le clan n’était pas tout à fait au complet, mais c’était déjà exceptionnel.
Damian et Tim se jetèrent dans le vide pour atteindre l’immeuble suivant, essayant de ne pas avoir l’air de faire la course.
Ridiculement heureux, Dick tourna la tête vers Bruce qui le regardait. Ils restèrent quelques secondes ainsi, puis Bruce fit un léger mouvement de tête. Obéissant à l’injonction silencieuse, Dick sauta à la suite des deux Robin.

¤

Tim revint au batbunker avec eux et se changea là. Il s’approcha de Dick alors que ce dernier enfilait son sweat. Après que Dick avait refusé catégoriquement de l’entraîner, Damian était remonté à l’appartement dans un accès d’indignation. Bruce était encore sous la douche.
« Dick ? Je peux dormir avec toi cette nuit ? »
Surpris, Dick se tourna vers lui. Tim ne le regardait pas vraiment dans les yeux.
« Il y a un problème chez toi ? »
Tim pinça les lèvres.
« Tout le monde est ici », marmonna-t-il.
Dick ne put retenir un sourire moqueur.
« Oooh, tu ne veux pas être tout seul ! »
Sans attendre de réponse, il le serra contre lui et lui ébouriffa les cheveux.
« Hé !
— Non, c’est bon, Dick, ne garde pas ma chambre, j’en aurai pas l’utilité, j’ai besoin d’être seul, mon indépendance, gnagnagna…
— C’est bon, ça va ! Tu m’as dit que tu comprenais ! »
Dick profita de son indignation pour déposer un baiser sonore sur le front de Tim avant de le lâcher.
« Bien sûr que je comprends, dit-il avec un petit sourire. Il n’empêche que j’aurais préféré te garder. »
Écarlate, Tim détourna le regard.
« Je monte », grommela-t-il dignement.
Dick le laissa s’enfuir. Il pourrait l’embêter tout le reste de la nuit s’il voulait. Lorsqu’il se retourna, Bruce était là.
« C’est le moment où j’avoue d’un air nostalgique que je comprends mieux pourquoi tu as eu autant de mal à me laisser partir, il y a toutes ces années ? »
Bruce marcha vers lui, l’expression indéchiffrable.
« Je ne crois pas qu’on puisse comparer. »
Dick faillit lui demander de développer. Il se mordit la langue.

Suite

Date: 2011-01-18 09:55 am (UTC)
From: [identity profile] calliopel.livejournal.com
Cette première partie est tout simplement divine ♥

Date: 2011-01-21 12:56 pm (UTC)
From: [identity profile] lilai.livejournal.com
Je crois que le coup d'orteil reste mon préféré, et Lucius aussi. Mais kyuuu, ma connexion avait sauté et je vais enfin pouvoir lire la suite.
Oh, Tim fait nous des scandales peoplesques avec Kon <3
Damiiiian <3

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